Énergie citoyenne, énergie de la transition

La coopérative Lucéole Scrl a conscience que notre biosphère est directement influencée par les émissions engendrées par les activités humaines, en particulier par la production des gaz à effet de serre[1]. Ils sont la cause essentielle du changement climatique auquel nous assistons depuis la révolution industrielle du XVIII°s.

Toutefois, nous ne sommes pas pour autant impuissants devant ce phénomène. En conséquence, la coopérative Lucéole Scrl s’inscrit délibérément dans la démarche du protocole de Kyoto (1995)[2] et dans la prise de conscience quasi universelle du changement climatique via notamment le respect de la directive de l’Union européenne 20-20-20 (EU Directive 2009/28/EC)[3] visant à :

  • Obtenir 20 % d’amélioration de l’efficacité énergétique,
    la meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas.
  • Produire 20 % d’énergie renouvelable d’ici 2020,
    la Belgique s’est limitée à 13 %, alors que beaucoup de nos voisins visent davantage.
  • Réduire les gaz à effet de serre de 20 %,

Bien que l’Europe du charbon soit désormais loin derrière nous, elle laisse la place à une demande en énergie de plus en plus croissante, ce qui implique une importation massive de combustibles[4] (gaz, pétrole et uranium) pour subvenir à une énorme demande en énergie primaire[5]. Néanmoins, de par leur limite, cela n’est pas viable à terme tant du point de vue économique, qu’écologique ainsi que logistique.

C’est pourquoi Lucéole Scrl choisit de s’impliquer dans une transition énergétique et ainsi de développer dans sa région les possibilités qui sont les siennes au niveau local : l’éolien, la biomasse, la cogénération et l’hydroélectricité. Notre coopérative est en effet soucieuce de rendre accessible à tous les bénéfices de ces sources locales, mais aussi, dans une démarche de soutien aux citoyens qui les côtoient, d’en réduire les désagréments.

Aussi, Lucéole Scrl souhaite aider les citoyens à consommer l’énergie de façon plus rationnelle. Des solutions durables et rentables pour la société existent et c’est maintenant que nous pouvons agir ensemble vers une transition énergétique.

La Wallonie[6] est d’ailleurs sur cette voie, comme l’illustre le graphique suivant pour la production d’électricité sur base de ressources renouvelables :

tableau 2

Aperçu des ressources énergétiques fossiles et renouvelables

L’énergie dont l’humanité a actuellement besoin provient de deux grandes ressources  : les ressources fossiles et les ressources renouvelables.

1° Les ressources fossiles ou non renouvelables

Ce sont celles que l’homme ne peut reconstituer au rythme qu’il les utilise et dont il se servira, nous le pensons, jusqu’à leur épuisement total.

A ce titre, nous pouvons citer : le charbon, le pétrole, le gaz naturel (provenant des forêts et mers englouties et disparues il y a 380 millions d’années) ainsi que la pechblende (minerai d’uranium) venant de l’évolution géologique de la terre. Hormis le charbon, dont les gisements pourront encore être exploités durant plusieurs centaines d’années, les autres ressources seront épuisées dans un peu plus de 50 ans.

En effet, les ressources non renouvelables sont limitées. Ces ressources se renouvellent sur des millions d’années et nous en épuisons actuellement le stock plus rapidement que leur cycle naturel de constitution. Ce sont les «peak» que le monde redoute, notamment dans le cas du pétrole[7].

tableau 3

Même si l’énergie d’origine atomique reste actuellement incontournable dans notre pays (>50 %), elle n’est pas sans causer d’autres problèmes pour les générations futures  : problématique des déchets, gestion des infrastructures et devenir incertain. Deux processus sont actuellement en place, la fission  et la fusion:

  • La fission nucléaire industrielle a une capacité de production énergétique gigantesque, mais connaît également de profondes limites : l’avenir des centrales irradiées léguées aux générations futures, les risques industriels trop élevés et leurs conséquences en terme d’irradiation, les déchets nucléaires, mais aussi l’extraction clandestine de pechblende dans un but militaire. En outre, il faut souligner la forme très peu démocratique de cette énergie. L’actualité récente (Fukushima) nous montre qu’un changement est indispensable.

 

  • La fusion nucléaire par confinement magnétique (c’est-à-dire expérimentation dans une enceinte hermétique confinée par électromagnétisme), prometteuse en elle-même, n’apporte actuellement que des déconvenues, car la physique des plasmas nous est encore largement inconnue. La température interne du procédé se mesure en millions de degrés et les matériaux utilisés n’y résistent pas aujourd’hui. Le procédé vient d’une technique développée dans les années 1950 et appelée « Système Tokamak » (acronyme russe) et développée aujourd’hui au sein du réacteur expérimental international « ITER ». Celui-ci devrait apporter la première production nette d’énergie pour ce type de technologie.

Aussi, l’uranium possède cette caractéristique particulière d’être totalement non renouvelable. En effet, en opposition avec le pétrole où le charbon qui se régénèrent sur des millions d’années, l’uranium est un composant de la terre qui ne se régénère pas. De plus, afin de produire ce fameux « yellow cake » c’est un type d’isotope bien particulier qui est nécessaire.

Les gaz à effet de serre : ou les GES

La combustion de l’ensemble de ces énergies non renouvelables engendre des gaz à effet de serre qui sont les gaz responsables de l’élévation importante et jugée anormale de la température terrestre. L’ensemble de ces gaz est souvent ramené à son équivalent carbonique : le Co². Toutefois, plus d’une quarantaine de gaz à effet de serre sont recensés par le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC)[8]. Citons : la vapeur d’eau (H2O), le gaz carbonique ou dioxyde de carbone (Co²), le méthane (CH4), l’ozone (O3), le protoxyde d’azote (N2O), l’hydrofluorocarbure (HFC), le perfluorocarbure (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6). Les GES représentent près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique (production de ciment, déforestation et combustion d’énergie fossile). Les 30 % restant proviennent principalement de l’activité géologique (volcans).

L’effet de serre a toujours été un bien pour notre planète : il rend la vie possible sur terre grâce au maintien d’une température mondiale moyenne de 15°C. Sans cet effet de serre il gèlerait en permanence sur la terre. Néanmoins, on constate aujourd’hui que l’activité humaine a provoqué l’emballement de cet effet de serre.

En effet, en produisant de l’énergie, sur base essentiellement de ressources fossiles, une grande partie des émissions émises par les ressources énergétiques retournent en quantités importantes dans l’atmosphère sous forme de gaz carbonique (Co²). Ceux-ci sont les principaux GES responsables du réchauffement climatique, de la fonte des glaciers, de la montée des eaux marines, etc. A ce propos, la conclusion du programme européen « Tara-Damoclès »[9] est claire : la banquise aura disparu dans 40 à 70 ans, avec pour corollaire la disparition de 60 % des terres habitées par élévation du niveau des mers. Allez dire aux habitants de l’archipel des Tuvalu que cela n’est rien, eux qui seront les premiers réfugiés climatiques de la planète.[10]

Outre notre connaissance déjà ancienne (1968) indiquant que les GES sont la cause du changement climatique, le belge Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du Giec, prix Nobel, a révélé que la relation de cause à effet des GES dans les perturbations climatiques (inondations et sécheresses à répétition au niveau mondial et régional) avait été mise en évidence[11]. Mr David Carlson, directeur de l’année glaciaire internationale, révèle que nos émissions actuelles de GES se répercuteront encore pendant 200 ans[12]. La terre supporte de plus en plus mal notre empreinte écologique[13] alors que nous avons dépassé les 7 milliards d’habitants.

La combustion du pétrole, et davantage encore du charbon (houille et coke), libère des millions de tonnes de Co² par an que ne peuvent capturer les organismes vivants chlorophylliens lors du cycle du carbone[14]. Nous produisons donc plus de gaz que la terre ne sait en absorber, nous libérons trop de carbone par rapport au cycle de la nature. L’emploi du bois produit le même effet, mais la balance carbonique très courte est dans ce cas stationnaire. La libération du carbone fossile dans l’atmosphère est d’une telle importance que la terre n’arrive plus à le recapturer. Il renforce donc l’effet de serre qui réchauffe notre planète et détruit notre biosphère.

2° Les ressources renouvelables

Les énergies de sources renouvelables sont des énergies de flux, qui se régénèrent en permanence au rythme du soleil et de ses dérives (chaleur naturelle, vent, cours d’eau, vagues, croissance de la biomasse, courants marins) ainsi que les marées et la chaleur naturelle de la terre. Des systèmes de conversion transforment alors les différentes sources renouvelables en énergie utile.

La figure suivante illustre ces propos (Source : http://www.apere.org/index/node/2) :

tableau 4

L’usage de ces ressources est inférieur à leur rythme de renouvellement naturel : faire usage du soleil ne l’épuisera pas. Toutefois, certaines de ces sources peuvent être épuisées par un usage abusif . L’usage excessif de la biomasse peut en épuiser la ressource : c’est alors la ruine des forêts par surexploitation[15] comme nous pouvons le voir dans les forêts tropicales (souvent vierges et donc irremplaçables) à travers de nombreux reportages télévisés. Un usage parcimonieux et équilibré de la forêt est donc nécessaire et s’attacher à en renouveler la source est un devoir humaniste. Des programmes internationaux veulent protéger la durabilité de la forêt, comme les certifications PEFC ou FSC[16]. Ces programmes ne peuvent être efficaces que par l’attitude consciente et responsable des états, des exploitants et des gestionnaires.

Quant aux forêts vierges, nous devons les conserver intactes : elles recèlent civilisation et cultures uniques ainsi que richesses biologiques insoupçonnées encore de nos jours. Leur infime exploitation (aérienne ou souterraine) est immanquablement une perte de biodiversité. En Europe, il n’en existe quasiment plus. La forêt polonaise de Bialowiéza ou les roumaines de Zarand et de Gosman en sont des exemples rares. Dans nos régions, nous ressentons la nécessité biologique de mettre en réserve[17] des cantons forestiers pour en conserver la biodiversité.

A l’inverse des énergies fossiles, les énergies renouvelables produisent très peu de GES comme l’indique le tableau ci-dessous (Source : Prof. Antonello Pasini, Produzione di energia et cambiamenti climatici, Production d’énergie et changements climatiques, conférence donnée à Rome le 15/5/2010) :

Poids en gramme des émissions de GES des principales sources énergétiques depuis la construction
d’une machine jusqu’à sa destruction, par kWh produit :

Charbon Pétrole Gaz naturel Biomasse Géothermie Photovoltaïque Hydro- électricité Éolien Nucléaire
1000 650 500 80 75 45 25 20 20

On peut dès lors constater que l’éolien a le même taux d’émission C0²[18] que le nucléaire, juste en dessous de l’hydroélectricité. De plus, au final l’éolien contribue à la réduction des GES[19]. L’ensemble donne alors à l’éolien un grand intérêt environnemental malgré ce que peuvent dire certains détracteurs. De plus, rappelons que ces chiffres comprennent un cheminement allant de l’étude d’incidence (en vue de l’installation) au démantèlement des turbines. Cela permet alors de donner un prix de l’électricité faible et stable. A l’inverse, concernant le nucléaire, la phase de démantèlement n’est pas insérée dans ce calcul, tout comme le prix de la mise « au rebut » du site nucléaire. Celui-ci n’est pas inclus dans le prix de l’électricité, mais il sera tout de même payé par le consommateur au final, via l’imposition fiscale.

En outre, contrairement au nucléaire, l’éolien n’émet pas d’émissions de CO2 lors de la production d’électricité, car les turbines ne sont pas liées à l’usage de combustible. Cela a notamment pour conséquence de ne pas engendrer de coût de transport, d’extraction et de dépollution lié à l’usage d’énergies fossiles. Aussi, l’éolien est aujourd’hui une technologie fiable et mature, dont l’installation est tout à fait compatible avec des usages agricoles. Enfin, il n’y a pas de tensions ou de coûts géopolitiques liés à l’usage de la ressource.

En conséquence, Lucéole Scrl s’inscrit dans un désir de voir diminuer notre empreinte écologique et veut mettre en place les outils régionaux et locaux en faveur d’une transition énergétique. L’éolien, au vu de son taux minimaliste d’émission de CO2 et de ses autres avantages, correspond au désir de notre coopérative de limiter drastiquement nos émissions locales et régionales de GES.

 

 

[1]Via la fabrication de ciment, la déforestation et la combustion d’énergie fossile
Pour plus dinformations : http://ec.europa.eu/clima/sites/campaign/pdf/gases_fr.pdf

[2]Pour un résumé plus complet : http://unfccc.int/portal_francophone/essential_background/feeling_the_heat/items/3294.php et

http://europa.eu/legislation_summaries/environment/tackling_climate_change/l28060_fr.htm

[3]Pour un résumé plus complet : http://europa.eu/legislation_summaries/energy/renewable_energy/en0009_fr.htm

[4]Les chiffres détaillés sont visible sur le site : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php/Energy_production_and_imports/fr

[5] L’énergie primaire est l’énergie disponible dans l’environnement et directement exploitable sans transformation. Étant donné les pertes d’énergie à chaque étape de transformation, stockage et transport, la quantité d’énergie primaire est toujours supérieure à l’énergie finale disponible. (source: www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/dico/d/energie-renouvelable-energie-primaire-6933/)

[6]Pour aller plus loin  et pour un résumé plus détaillé sur l’état de l’environnement wallon : http://etat.environnement.wallonie.be/

[7]Plus d’informations : www.picpetrolier.net/quest-ce-que-le-pic-petrolier

[8]Site principal : www.ipcc.ch

[9] Pour un résumé de la recherche : www.damocles-eu.org/research/TARA_ARCTIC_2007-2008_The_Great_Arctic_drift_54.shtml

[10] A ce sujet, “Ioane Teitiota sera-t-il le premier réfugié climatique?” www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/10/22/ioane-teitiota-sera-t-il-le-premier-refugie-climatique_3501009_3216.html

[11]Les causes du changement climatique : www.un.org/fr/climatechange/causes.shtml

[12]Le rapport complet : www.unep.org/delc/portals/119/Fact_Sheets_French.pdf

[13]Définition de l’empreinte écologique selon le WWF : http://wwf.panda.org/fr/wwf_action_themes/modes_de_vie_durable/empreinte_ecologique/

[14]Informations complètes sur le cycle du carbone : www2.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/cycle.carbone.html

[15] L’exploitation forestière selon la FAO : http://www.fao.org/forestry/harvesting/fr/    et www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=29759&Cr=FAO&Cr1=#.Uu5myigR6Wc

[16] FSC : https://ic.fsc.org/ et PEFC : www.pefc.be/

[17] Directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages

[18]Le C0² lié aux éoliennes est principalement sous forme d’énergie grise, c’est-à-dire l’énergie nécessaire utile à la fabrication, à la construction et au démantèlement d’une éolienne

[19] L’éolien et le Co² : www.apere.org/manager/docnum/doc/doc1490_Ren%204108-09_Eol_moins_CO2.pdf et www.edora.org/2012/news-eolien-co2-stop-fausses-rumeurs-162.html?PHPSESSID=8592db1a4f73600413865e009b31e4e6