Synthèse sur l’avifaune

« La question qui se pose  n’est pas de savoir si oui ou non, il faut construire un parc éolien mais bien comment et surtout comment éviter le pire »

Le problème dans le rapport entre les éoliennes et les Milans aux environs du C.E.T (Centre d’enfouissement technique) à Habay est la proximité d’un des lieux importants de nidification pour notre pays comme c’est le cas dans les cantons de l’est. L’attention devra être vigilante pour qu’il n’y ait pas d’installations ou de perturbations nuisibles aux animaux durant les naissances et l’élevage des jeunes. C’est essentiel.

En ce qui concerne le site des Coeuvins, la relative abondance des Milans est d’origine anthropique avec une densification anormale donc. Ces oiseaux sont attirés par la décharge du CET qui traite les déchets ménagers par compostage, ce qui la rend depuis peu moins attractive pour les Milans. Elle doit par ailleurs fermer dans 4 ou 5 ans. La pose de charniers confectionnés d’abats de volailles à distance sérieuse des sites de nidification des Coeuvins et régulièrement approvisionnés aura un pouvoir d’éloignement du meilleur aloi. D’autres mesures sont envisageables.

Ainsi, nous dirions qu’il est de la première importance de prendre la question des Milans, du Milan royal en particulier, et de leurs sites de nidification avec le plus grand sérieux afin d’assurer la pérennité des espèces sur notre sol et juguler d’éventuels dangers que pourraient présenter les éoliennes pour ces magnifiques oiseaux. Nous avons pu constater à la soirée de présentation de l’atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie que le dialogue entre ornithologues et tenants de l’éolien citoyen et sérieux était largement possible et ouvert.

1) Le colloque international

Le colloque de Montbéliard consacré en octobre 2009 au Milan royal  (http://milan-royal.lpo.fr) vient de publier l’ensemble de ses actes, conclusions et motions. Ce colloque met en évidence un panégyrique de causes déterminantes pour expliquer la perte drastique des populations de Milans royaux en Europe.

Si nous avons déjà cité plus haut quelques unes de ces causes, relevons-les dans un ordre décroissant d’influence:

  • Empoisonnement par des pesticides et anticoagulants essentiellement dans le nord de la France.
  • Destruction par le tir et autres procédés de chasse (piégeage et empoisonnement de « protection » du gibier) partout en Europe.
  • Dérangement dans les sites d’hivernage (Espagne e.a.).
  • Électrocution dans des lignes à haute tension.
  • Collision et accidents de circulation ou avec des constructions (bâtiments).
  • Destructions des nids par les exploitations forestières (coupes marchandes et de bois de chauffage) et les travaux forestiers ainsi que les perturbations liées aux activités de loisirs dans les bois aux abords les lieux de nidification.
  • Chocs avec des éoliennes (constatés essentiellement en Allemagne).

Selon Bota et al. (2005), in Actes du colloque international de Montbéliard, la PAC est souvent considérée comme la cause principale de perte de biodiversité en Europe par modification profonde des biotopes : arrachage de haies, champs de maïs, pré-fanage.

2) Le séminaire national de Reims

En septembre 2010, le séminaire fut une réunion d’acteurs de milieux différents. Y étaient présents les meilleurs scientifiques qui étudient le Milan et les chauves-souris ainsi que des promoteurs et développeurs éoliens. Tous les documents de ce séminaire ne sont pas encore publiés. Nous les attendons.

Issues de ce séminaire, nous épinglerons des mesures à mettre en place pour les grands migrateurs comme les grues cendrées, les oies, les cigognes et autres. L’orientation générale des parcs est d’importance : une ligne longitudinale en parallèle au sens migratoire est préconisée.

Pour éviter l’effet « barrière » des parcs éoliens trop longs, prévoir des « trous » de 1,3 km au centre. Les difficultés sont fortes la nuit. Mais par temps de brouillard, le risque de collision est minime car les éoliennes ne tournent pas. Les mesures préconisées par la DGOARNE (Jérémy Simar, SPW Demna) dans la révision du cadre de référence pour l’implantation des éoliennes en Wallonie sont claires : faire une distinction entre les trois phases biologiques des oiseaux (la migration, l’hivernage, la nidification) et pour chacune d’elles établir une évaluation différentielle. Il en est de même pour les chauves-souris attirées plus particulièrement par les milieux forestiers et leurs lisières : distance minimale préconisée ou faible intérêt chiroptérologique.

Un guide des mesures de compensation et d’atténuation, collégialement élaboré, serait le bienvenu.

Un guide qui reprendrait aussi des mesures à préconiser non seulement du côté éolien mais aussi dans les secteurs forestiers, agricoles et touristiques. La mesure serait complète pour une protection accrue des sites de nidification.

3) L’Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie

L’atlas (J.-P. Jacob et al., Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, Aves et Demna, Gembloux, 2010) n’est pas un document qui traite les rapports entre l’éolien et la biodiversité. Cependant, il est remarquable de constater que de plus en plus les paramètres écologiques et la biodiversité en général sont  pris en considération dans les milieux de l’ingénierie, de la construction, des voiries, de l’architecture. Le travail de fond des naturalistes n’est plus seulement une connaissance intellectuelle de la flore et de la faune « pour le plaisir des yeux ».

Mais un grand ensemble de décideurs ont compris qu’il y avait lieu de tenir compte dans l’évolution de nos styles de vie occidentale de la NATURE afin de la respecter comme un des socles fondamentaux de notre propre vie humaine. En ce sens, l’atlas précité est une référence vers ce respect.

Relevons les conclusions à propos des Milans. Page 175, sous la plume de Jean-Paul Jacob, nous lisons la conclusion de l’article sur le Milan noir : « L’évolution (belge : note de l’auteur) ne peut être dissociée de celle des populations françaises et allemandes ; à ce titre, les diminutions enregistrées en Lorraine française et en Champagne attirent l’attention. A l’échelle régionale, la transformation des prés de fauche permanents en cultures intensives de maïs et d’herbe, les dérangements au nid, les collisions avec des câbles électriques et les intoxications (empoisonnements aux rodenticides ou appâts destinés surtout aux renards roux) sont autant de menaces. L’attirance pour les dépotoirs est un facteur de densification de la population,…. Toutefois, depuis le 1° janvier 2008, l’arrêt de la mise en décharge des déchets ménagers en Wallonie pourrait avoir une incidence sur les populations (nicheurs et estivants non-nicheurs). »

Page 177, article sur le Milan royal de la main de Paul Voskamp et Stef van Rijn : « Si l’empoisonnement malveillant des rapaces est devenu rare en Wallonie, notamment dans les cantons de l’Est, un seul cas peut s’avérer dramatique comme l’a montré la mort de 12 Milans royaux près de Bullange, en 2003 (R.Dammen, com. pers.). Il est probable que l’usage de rodenticides pour lutter contre les campagnols terrestres et les rats bruns en terres agricoles représentent un danger plus grand encore. De telles menaces peuvent être réduites par l’information et la sensibilisation. Ceci vaut aussi pour les dérangements des couples nicheurs, imputables aux travaux forestiers ou aux activités en forêt. »