L’avifaune et le Milan royal

Si les oiseaux sont nombreux dans notre région, ce sont essentiellement deux types d’espèces qui occupent notre pensée : les grands migrateurs et les Milans.

Les grands migrateurs  ont trouvé la parade en s’écartant des parcs éoliens (Communication orale Natagora). Ils passent soit au dessus soit à côté. Nous y revenons plus bas dans l’analyse laissée par le séminaire national de Reims en septembre 2010.

La question particulière des Milans, Milan royal (Milvus milvus) et Milan noir (Milvus migrans) ne peut être éludée d’un revers de la main. Ce n’est d’ailleurs pas notre intention.

Nous nous basons sur deux grands séminaires et un document d’importance cités plus haut et qui ont étudié la question.

Nota : l’incidence des éoliennes sur l’avifaune a et fait encore l’objet de nombreuses publications. Le sujet est chatouilleux.

Importance du Milan royal

Quelle est l’importance du Milan royal comme espèce sensible, menacé et protégé? C’est une espèce endémique d’Europe occidentale et centrale (cela signifie que dans le monde, il n’existe qu’en Europe) avec une très petite population dans le Maghreb. C’est aussi un oiseau opportuniste et peu exigeant.

En Europe

  • nombre d’oiseaux estimés : 110 000 à 120 000.
  • nombre de couples : 18 à 24000 couples

Quelques pays

  • Allemagne : 10500 à 13000 couples ;
  • Espagne : 2000 à 2200 couples;
  • France : 2650 couples;
  • Gd Duché de Luxembourg : 35 à 50 couples;
  • Belgique : 150 couples.

Adrian Aebischer, Fribourg, Suisse, dit au symposium de Montbéliard : « Si la régression s’est poursuivie ces dernières années en France et en Espagne, en revanche dans la plupart des régions allemandes les populations se sont plutôt stabilisées et dans 9 autres pays les effectifs ont continué ou ont recommencé à croître »

Et cependant, c’est également en Allemagne que l’éolien est le plus développé en Europe dans l’aire de distribution du milan!

Brève description : le Milan royal est un rapace diurne à l’envergure majestueuse (plus de 1.6 m) à la couleur roux-fauve, à la queue clairement en V. Il arpente le ciel avec lenteur et flegme repérant ses proies de très haut et loin comme la plupart des rapaces d’ailleurs. Quelque fois, il suit à 2 ou 3 mètres la charrue du cultivateur, à la recherche des petits mammifères déterrés. C’est une espèce endémique européenne présente au printemps et en été dans nos régions et migrant en saison froide dans le sud de l’Europe. Vous trouverez plus amples explications dans le tout récent et excellent document de référence sur nos oiseaux nicheurs (Jean-Paul Jacob et alii, Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, 2001-2007, Publication d’Aves et DEMNA, 2010), en particulier aux pages 176-177. Il est migrateur, passe son hiver plutôt dans le sud de l’Europe et vient nicher plus au nord comme chez nous, en Allemagne ou Scandinavie. Sa longévité atteint les 10 ans. Il est reproducteur vers les trois ans.

Répartition du milan royal en Europe en 2008

Adrian Aebischer, Distribution et évolution récente des populations
de Milan royal dans le Paléarctique occidental
Résultat d’une vaste enquête, in Actes du colloque international, oct. 2009, Montbéliard.

Si la Belgique compte 150 couples nicheurs, l’Allemagne abrite à elle seule la moitié des couples nicheurs européens  pour un parc éolien de près de 23060 aérogénérateurs (deux éoliennes par couples !).

Les hollandais Stef van Rijn et Paul Voskamp ont étudié l’utilisation de l’habitat par les Milans royaux dans l’est de la Belgique (Colloque international de Montbéliard, 2009). Il en ressort que la région, qui a connu une perte importante de ses effectifs dans les années 2003 à 2005 par une chute de la reproduction, voit un excellent retour de l’espèce dans cette même région. Il n’y avait pas de parcs éoliens dans la région durant les années de réduction. Depuis, plusieurs parcs ont vu le jour : nous n’avons pas pu trouver vent de mortalité de Milans due aux éoliennes dans les cantons de l’est au milieu des sites de reproduction.

Nous voudrions mettre en exergue la motion du colloque de Montbéliard votée par l’assemblée (114 participants représentant 12 pays): « Lors du colloque international Milan royal à Montbéliard les 17 et 18 octobre 2009, les travaux présentés ont révélé la responsabilité des pesticides notamment anticoagulants et anticholinestérasiques sur le déclin de la population européenne particulièrement en France et Espagne.

-L’assemblée fait le constat des contradictions entre la directive Oiseaux, le plan d’action européen « Enrayer la diminution de la biodiversité à l’horizon 2010 et au-delà » et les directives autorisant des pesticides, notamment les anticoagulants et anticholinestérasiques  à fort impact sur les oiseaux et la biodiversité.

-L’assemblée demande que l’utilisation en plein champs des anticoagulants (difénacoum, brodifacoum, bromadiolone, chloramphacinone, etc) soient interdits pour éviter la disparition en particulier du Milan royal, une espèce endémique européenne d’intérêt communautaire.

-Plusieurs pays européens sont confrontés à l’usage d’appâts empoisonnés, utilisant des pesticides agricoles (ex : Carbofuran) afin de tuer délibérément des rapaces. Le Milan royal est particulièrement vulnérable. Il est nécessaire que les Etats membres de l’Union européenne prennent des mesures à l’encontre des coupables. »

Le Grand Duché de Luxembourg connaît une situation fort semblable à notre région : diminution de la population du Milan puis une augmentation de la distribution géographique de 43% en 12 ans avec de nombreux sites de reproduction alors même que l’éolien se développe chez nos voisins. Il n’y a pas de mortalité connue due aux éoliennes au Grand Duché.

Les menaces

1 Les empoisonnements
Indirects ou volontaires par les anticoagulants et autres produits (bromadiolone e.a) :

  • Espagne : 14500 intoxiqués depuis 1990 pour 967 / an;
  • France : 170 / an;
  • Allemagne : pas de chiffres.
  • Belgique et Gd Duché de Lxg : pas de mortalité connue.

Dans ses dernières actualités, la LPO (www.lpo.fr : actualités – Milan royal) cite : 9 cadavres de Milans royaux ont été découverts, probablement victimes d’empoisonnement (25/3/11) ; Campagne d’empoisonnement (à la bromadiolone) en Haute-Marne (16/3/11) ; Après le tir, le poison (8/2/11).

Voilà sans doute la cause essentielle de la régression du Milan royal chez nos voisins ! Pour un animal inoffensif !

2 Les tirs
S
i certains pays de l’U.E. sont célèbres pour leur laxisme en matière cynégétique, les rapaces restent une cible privilégiée pour certains. Les mêmes actualités de la LPO : encore un Milan royal plombé ! (8/2/11) ; Un Milan royal plombé dans la Meuse (2/11/10). Ce ne sont que quelques découvertes car les auteurs de ces tirs ne viennent pas s’en vanter auprès des autorités. La même ligue dénonçait le 3 avril 11 les cas d’empoisonnements volontaires dont 28 Milans royaux en 2010 sans doute par le Carbofuran interdit en 2008 en France. Nous citons l’article : « Il est donc certain que ces empoisonnements correspondent à des actes volontaires dirigés contre la faune sauvage, et particulièrement contre ceux dénommés à tort comme « nuisibles », tels que les renards, les fouines, ou les rapaces, explique la LPO ». Fin de citation.

3 Les électrocutions
Cause de mortalité bien connue et de longue date. L’auteur de l’article a pu voir un Milan royal empaillé tué par une ligne électrique de moyenne tension. Le cas ne touche pas seulement les grands rapaces mais tous les grands oiseaux. Ainsi, en 2010, à Ansart (Tintigny) ce ne sont pas moins de deux cigognes qui ont été électrocutées.

4 Les dérangements
Actuellement, il n’y a de mesures de protection pour les nidifications forestières d’oiseaux rares qu’en ce qui concerne la cigogne noire et dans les bois soumis au régime forestier seulement. Il arrive, en particulier dans les bois privés, qu’un abattage détruise toute une nichée d’oiseaux. Ainsi l’exploitation par le particulier du bois de chauffage se fait traditionnellement au printemps alors que la recherche des sites de nidification par les Milans est terminée, la construction des nids commencée, voire les couvées entamées. Des mesures sont à l’étude afin de prévenir ce danger. Les autorités auraient raison, si elles entendent protéger par tout moyen possible, le Milan royal (ou le noir), de prendre des décisions utiles en la matière. Nous les appelons de nos vœux. Il en est de même pour les dérangements causés par l’ouverture des forêts au public au moment des nidifications.

5 La modification du milieu agricole induit
par les techniques modernes d’exploitation ainsi que par les décisions de la PAC est une des contraintes les plus lourdes en matière de distribution des Milans royaux. Le développement des champs de maïs en est une des causes.

Les éoliennes, vilipendées : que représentent-elles en définitive comme menaces objectives pour le Milan royal ? Chez nous actuellement, une menace potentielle. Mais s’agit-il d’une menace en termes de population ou bien d’individus même si le choc émotionnel du naturaliste qui observe en direct la mort d’un Milan par une éolienne est compréhensible et légitime ? Stef van Rijn et Paul Voskamp, déjà cités plus haut, étudient la question de l’impact sur les populations actuellement sans réponse. Comparé aux chiffres des empoisonnements servis à Montbéliard en 2009 (Par statistique comparée avec l’Espagne, les empoisonnements allemands pourraient être d’au moins 5000 morts annuellement), la mort par an de 125 Milans en Allemagne (chiffre donné au Colloque de Montbéliard) est bien moindre, loin s’en faut. Mais il faut éviter, autant que faire ce peut, cette strate supplémentaire de difficultés pour l’espèce.

Importance du Milan noir

 

Milan Noir - Photo de Stéphane Bocca

Assez semblable au Milan royal, le Milan noir se caractérise par une envergure légèrement moindre (1, 40 m) une teinte générale plus sombre.

Il n’a pas de taches claires à l’ubac des ailes.

Sa queue, fourchue également, l’est moins que son frère royal : en vol plané elle semble coupée droite.

Leurs mœurs sont également semblables. C’est un charognard davantage encore lié aux dépôts d’immondices que l’autre Milan.

Animal protégé mais pas menacé de disparition, il est un des rapaces les plus répandus sur l’ensemble de la planète. C’est un ubiquiste.

Pour ces raisons, il fait l’objet de moins de craintes face au développement éolien bien que dans le cas de sites de nidification, la problématique reste semblable.